haim hazaz

Haim Hazaz, un auteur israélien à découvrir à Jérusalem

Je l’avoue, avant de voir la Fondation à la Mémoire de Haim Hazaz apparaitre dans une liste de musées à Jérusalem, je n’avais jamais entendu parler de cet auteur israélien. Pourtant, comme me l’a expliqué le Dr Gil Weisblei, directeur de cette fondation, Haim Hazaz est aussi important pour la littérature israélienne que Agnon. Il est alors difficile de résumer en quelques lignes une visite passionnante autour de la vie de cet auteur. C’est pourquoi je vous conseille à votre tour d’y faire un tour.

entrée Fondation Hazaz

Nichée dans le joli quartier de Talbiye, à quelques minutes du Théâtre de Jérusalem, la Fondation à la Mémoire de Haim Hazaz se situe au rez-de-chaussée de la maison que l’auteur a habité entre 1961 et 1973 la date de son décès. Mais son histoire commence quelque 75 ans plus tôt en Ukraine à Sidorovichi.

En effet, Haim Hazaz naît en 1898 en Ukraine. Son père est un marchand de bois – tout comme celui de Agnon d’ailleurs. Il s’installe dans une forêt pour quelques mois/années, l’exploite, coupe les arbres et les prépare comme matériel de construction. Sa famille vit avec lui dans les bois. Il fait donc venir des professeurs privés pour l’éducation de ses enfants. C’est cette vie au contact direct avec la nature qui est la première source d’inspiration du futur écrivain Haim Hazaz.

A 16 ans, Haim quitte sa famille tout en promettant à sa grand-mère qu’il continuera, quoi qu’il arrive, à prier et à étudier les textes juifs. Si la famille Hazaz est religieuse, une famille Breslev, le futur écrivain ne l’est pas. En 1917, il se trouve à Moscou au moment de la révolution communiste, qui lui laisse une forte impression. Il bouge beaucoup d’un endroit à l’autre, passe un an et demi en Crimée puis débarque en 1921 en Turquie.

C’est à Istanbul qu’il rencontre des juifs en partance pour la Palestine. Mais Hazaz n’est pas encore sioniste. Il rencontre aussi pour la première fois des juifs mizrahi, si différents pour lui qui ne connaît que les juifs russes, ashkénazes. Il y croise également pour la première fois, mais pas la dernière, l’écrivain Bialik. En février 1922 Haim veut partir pour le Portugal mais arrive finalement à Paris où il rejoint des amis.

Haim Hazaz considère son passage en France comme son « université ». Il croit et milite pour le développement de la langue et de la culture hébraïque. Il se définit d’ailleurs comme  »  אני לא ציוניסט אני עברי  «  » Je ne suis pas sioniste, je suis un hébreu ». Ce n’est que quelques années plus tard qu’il comprendra qu’Israël est la seule place possible pour ceux qui créent en hébreu et qu’il deviendra donc sioniste.  Il parle plusieurs langues mais crée uniquement en hébreu. Pour lui le yiddish, qu’il parle et écrit couramment, est  » l’ennemi » …  

A Paris il rencontre Yohevet Bat Miriam. C’est en 1928 que leur fils unique, Nahum, voit le jour. Un an plus tard, la mère et l’enfant partent pour la Palestine, laissant Haim à Paris où il veut finir ses projets en cours.  En 1931, il entend parler des pogroms en Ukraine, comprend qu’il est dorénavant seul au monde – sa famille étant sans aucun doute morte assassinée- et décide de partir pour la Palestine. Mais si le centre de la culture hébraïque s’est installé à Tel Aviv, Haim débarque lui à Jérusalem, d’où il ne bougera plus.

Les seize premières années de sa vie à Jérusalem, Haim Hazaz bouge continuellement d’un appartement à l’autre. C’est une habitude chez lui puisqu’on lui connait plus de 60 adresses tout au long de sa vie. Lors de ces mouvements, il rencontre et cotoie de nouvelles communautés juives – du Kurdistan, du Yémen etc… Il apprend leur langue et décrit leur vie et coutumes dans différents romans. 

Les descriptions minutieuses et l’utilisation d’un langage extrêmement riche sont les marques de fabrique de la littérature de Haim Hazaz. Son premier roman בישוב שיער  » dans la colonie de la forêt  » décrit sa vie durant son enfance dans les forêts d’Ukraine. Il l’écrit à Paris mais le fait publier en Palestine. Lors de la publication de la première partie, Haim se rend compte de nombreuses fautes et décide de ne pas publier la deuxième partie. Il continue néanmoins à écrire, des textes, des histoires courtes, des romans. En 1953, il est le premier récipiendaire du Prix Israël de littérature. En 1960, il décide tout à coup de réécrire une partie de son immense oeuvre et republie 12 volumes. En 1965, il retourne à Paris pour une série de conférences, donc certaines à Strasbourg en tant qu’invité de André Neher. Il correspond aussi régulièrement avec Emmanuel Levinas et d’autres personnalités françaises. Quelques uns de ses livres ont d’ailleurs été traduits en français, comme « Dans un même carcan  » qui retrace l’histoire vraie de ces deux combattants de la résistance israélienne, emprisonnés à Jérusalem, condamnés à mort et qui se font sauter avant leur pendaison grâce à une bombe arrivée jusqu’à eux cachée dans de la nourriture. Hazaz continue toute sa vie à apprendre le français, même à Jérusalem où il étudie sa dernière leçon la veille même de sa mort.

En 1973 le jour de sa mort, un samedi, le premier ministre Golda Meir débarque chez Aviva Hazaz, la deuxième femme de Haim, pour connaitre les instructions qu’il a sans aucun doute laissées pour son enterrement, qui doit être un événement national. Aviva ne sait rien à part qu’il a laissé des instructions dans le coffre de la banque. Golda Meir téléphone au directeur de la banque Leumi et lui ordonne d’aller ouvrir le coffre, même si la banque est fermée en ce jour de chabat. La seule instruction laissée par l’écrivain est la liste de ses oeuvres à republier et l’ordre de brûler tout le reste.  

Heureusement Aviva Hazaz n’obéit pas à la dernière volonté de son mari. Au contraire, elle  crée un Fondation afin de faire connaitre au grand public les écrits de Haim Hazaz non encore publiés. Hazaz a beaucoup écrit durant toute sa vie et était un  » touche à tout ». Il commençait un texte puis passait à un autre sans avoir fini le premier ou sans aller jusqu’à sa publication. C’est ainsi par exemple qu’il y a une dizaine d’années, la deuxième partie de son premier roman  » la colonie dans la forêt » a été retrouvée à Paris dans la bibliothèque du Bnai Brith, lors de la fermeture de cette dernière. Pour la première fois, la suite de l’histoire va enfin être publiée dans les prochains mois, plus de 90 ans après son écriture. La Fondation à la Mémoire de Haim Hazaz a donc pour objectif de publier ses manuscrits et de servir de centre de recherches sur l’écrivain. Elle organise aussi des visites guidées en coopération avec l’Institut Yad Ben Zvi autour de la vie et de l’oeuvre de l’écrivain. Une partie de la bibliothèque de Hazaz – riche d’environ 30 000 livres – son bureau et des oeuvres d’art qu’il collectionnait, ont été transférés après la mort d’Aviva Hazaz, dans les locaux de Mishkenot Shaananim.

 Quelques images de la Fondation

Une dernière anécdote pour mieux réaliser qui était Haim Hazaz. En  juin 1967, lors de la Guerre des Six Jours, Haim Hazaz, sa femme et leurs voisins étaient réfugiés dans la cave de leur immeuble. Le troisième jour, ils entendent quelqu’un tapper à la porte. Ils ne savent pas si ce sont des ennemis ou des amis….Finalement ils ouvrent. Devant eux, deux assistants du maire de Jérusalem, Teddy Kollek. Ils leur annoncent que la vieille ville et le Kotel sont libérés et dans les mains de l’armée israélienne. La guerre est finie. Teddy Kollek a décidé de faire une allocution le soir même à la radio. Il veut que ce soit Haim Hazaz qui lui écrive son discours. Les assistants repasseront à 18h chercher le discours et les Hazaz. Ces derniers remontent dans l’appartement. Haim dicte et Aviva tape à la machine. A 18h Teddy Kollek lira le discours officiel de la réunification de Jérusalem, écrit par Hazaz. 

Fondation à la Mémoire de Haim Hazaz
18 rue Hovevei Zion – Jérusalem
Tél : 025619464
site : יד למורשת חיים הזז (hazaz.org.il)

 
photo de couverture : Fondation à la Mémoire de Haim Hazaz
texte et photos : Valérie Cudkowicz