La 7ème Biennale de Jérusalem
La 7ème Biennale de Jérusalem se déroule du 24 septembre au 12 novembre 2026 dans 21 lieux à travers la ville. Cette année, plus de 250 artistes israéliens et venant du monde entier, présentent leurs oeuvres dans 42 expositions. Depuis sa création en 2013, la Biennale de Jérusalem a exploré bien des lieux – le YMCA, l’ancien Shaare Tsedek sur Yaffo etc….. – et fait découvrir de nombreux artistes.
Cette année, son exposition centrale a pris place dans le bâtiment de l’ancienne Bibliothèque Nationale sur le campus de l’Université Guivat Ram. Et plus particulièrement à côté du gigantesque vitrail de Mordechai Ardon qui se trouve en haut des escaliers du bâtiment. Comme l’a souligné Rami Ozeri – le créateur et directeur artistique de la Biennale de Jérusalem – cela n’est pas un hasard. En effet, le parcours de cet artiste d’origine austo-hongroise et qui a été directeur de l’Académie des Beaux-Arts Betzalel de 1940 à 1952 après avoir fuit l’Allemagne nazie en 1933 pour se réfugier en Palestine – illustre l’idée derrière la création de la Biennale en 2013. En effet, dans les années 1970/1980/1990 les artistes juifs qui créaient des oeuvres en rapport avec le judaïsme, étaient marginalisés. C’est pourquoi Mordechaï Ardon a quitté Israël pour s’installer en France. Et La Biennale de Jérusalem veut justement redonner leur place à des artistes qui expriment leur judaïté dans leurs oeuvres.
Le thème de cette année est « De Profondis », en hébreu « ממעמקים », qui est le 1er mot du psaume 130 et qui veut dire « des profondeurs ». Les différentes expositions – qu’elles soient d’artiste solo ou de groupes d’artistes venus souvent d’horizons différents et lointains – s’interrogent sur l’art comme source de connexion, de réflexion, de résilience et d’espoir. Et d’autant plus, après le traumatisme laissé par les événements tragiques du 7 octobre 2023, qui ont profondément impacté nombre d’artistes.
J’ai eu la chance de pouvoir visiter, quelques heures avant l’inauguration officielle de la Biennale, l’exposition centrale qui s’intitule « אור חוזך חוזך פעיל » , « retour de la lumière : une vision active » et de pouvoir discuter avec quelques uns des artistes présents. L’art est quelque chose de très personnel. Il n’est jamais facile d’expliquer pourquoi une oeuvre nous plait ou nous déplait. Mais de la voir avec les explications de son créateur lui donne généralement une autre dimension.
Alors, je vous présente quelques unes de mes rencontres :
Matan Sacofsky – Explorez les profondeurs
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Matan est un jeune artiste anglo-israélien. Il présente à l’ancienne Bibliothèque Nationale, une série de 70 autoportraits qu’il a peints il y a quelques années quand il s’est isolé durant un mois sans sortir de chez lui. En fait il a peint plus de 160 autoportraits, chacun exprimant son état d’esprit durant les quelques heures qui lui servaient à les réaliser. Cela donne un mural assez impressionnant.
Matan expose également d’autres oeuvres réalisées après le 7 octobre 2023, dans son studio sur Dereh Beit Lehem.
Alejandro Glatt – Une mezouzah sur la lune
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Alejandro est un artiste mexicain, élevé dans les écoles juive de son pays. Son projet du moment, qu’il expose ici, est de faire partir une meouzah dans l’espace. Et il a reçu le feu vert pour le faire. Pour lui, la meouzah est un lien entre intérieur et extérieur, entre le domaine privé et le domaine public. Elle est aussi un symbole de la vie juive. Chacune de ses mezouzoth, et notamment les très grandes, raconte une histoire : celle des habbad, des soldats (voir la photo de droite) etc… Chacune contient un claf, un parchemin.
Rina Nissel Shalhov – A Sabra is born
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Je serais sans doute passée devant ce tableau sans m’arrêter si l’artiste ne nous l’avait pas présenté. Pour Rina, née en Israël et installée maintenant aux Etats-Unis, le sabra, symbole israélien, né et grandit dans un milieu hostile – le désert. Il se forge une carapace d’épines mais à l’intérieur il est tendre, coloré et juteux….On peut dire la même chose des israéliens et notamment depuis le 7 octobre 2023. Ces sabras – extrêmement bien peints – représentent, pour elle, la force des israéliens.
Malegria – Sandra Mayo et Orit Kama
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Malegria est une combinaison en espagnol des mots mal – mauvais – et alegria – joie. Cette exposition combine les oeuvres de 2 artistes, une israélienne et une venue d’Argentine. Elle présente d’un côté des tissus – nappes, rideaux etc… – brodés avec différents symboles de la vie quotidienne et des émotions. De l’autre côté, ou plutôt par terre, des pierres en céramique, représente nos parcours de vie. Quand un morceau de pierre se détache de la montagne, il est rugeux, avec des éclats, bruts. Mais avec le temps – et parfois l’eau de la rivière dans laquelle il finit par arriver – il deviendra lisse et brillant à l’extérieur. Et c’est ce que nous sommes souvent : lisses à l’éxtérieur mais avec nos fractures à l’intérieur.
Richard McBee – Akeida alone: where is the lamb?
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Richard McBee décrit dans cette série de 6 tableaux, les relations père-fils, en se basant sur l’histoire du sacrifice d’Isaac. Abraham part avec son fils pour le sacrifier. En arrivant à l’endroit où le sacrifice doit avoir lieu, Isaac demande à son père « où est l’agneau? »…mais c’est lui qui se retrouve ligoté sur l’autel. Quand l’ange apparait pour empêcher Abraham de sacrifier son fils, Isaac se retrouve seul comme abandonné par son père qui rentre chez lui.
Richard McBee a souvent rapproché cet « abandon » à la situation des survivants de la Shoah. Il fait maintenant aussi le parallèle avec ce qui s’est passé le 7 octobre 2023….on a voulu tuer les Juifs et après ils se sont sentis abandonnés.
Abraham’s children – Mel Brown
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Le point commun entre les enfants d’Abraham – comprenez les Juifs et les Musulmans, – c’est qu’ils ne doivent pas représenter D.. De là est partie l’idée de cette exposition collective de peintures non-figuratives. Un appel a donc été lancé aux artistes juifs et musulmans pour envoyer leurs oeuvres. Bien que l’idée ait plu à beaucoup de peintres musulmans, ils ont tous refusé d’être exposés à Jérusalem …. sauf 2, un père et son fils, Musa et Ali Saracoglu (voir photo de droite). D’autres peintres musulmans sont exposés mais avec des oeuvres prises dans des galeries et pas proposées directement par les artistes.
Kim Goldberg – Une certaine incertitude
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Kim Goldberg est une artiste qui vit dans le Nebraska mais qui a l’habitude – et notamment depuis le 7 octobre 2023 – de venir en Israël pour faire de l’art thérapie. Elle utilise pour ses oeuvres, des matériaux – papier, encre, peinture, eau – qui se repoussent et donc elle ne sait jamais à l’avance à quoi ressemblera son oeuvre. Pour elle, son art exprime l’espace qui existe entre ce qui est et ce qu’on ne sait pas. Que faire quand la certitude disparait? Et évidemment, vous comprenez le rapport avec le 7 octobre 2023 et les traumatismes subis par beaucoup d’israéliens.
Ariane Litteman – Champs ensanglantés
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Ariane Litteman est une artiste locale de Jérusalem. Elle raconte qu’après les événements du 7 octobre, les seules choses qu’elle a été capable de dessiner étaient des bols sur lesquels elle écrivait 7.10.23. Il lui a fallut du temps pour faire autre chose. Son exposition de gaze rougie par de la peinture rouge et accrochée à des crochets de boucher est bien entendue une évocation des massacres du 7 octobre 2023 mais aussi des soins médicaux que son fils a subi il y a des années.
Et pour finir , 3 oeuvres que j’ai bien aimées mais dont je n’ai pas rencontré les atistes.
1- Les stéréoscopes de Andi Lavine Arnovitz montrent certaines oeuvres que cette artiste, habituée de la Biennale – je me souviens encore d’un grand tableau présenté en 2019 à côté de la piscine du YMCA et qui comptait 999 poissons colorés allant dans un sens et un dans le sens contraire – a présentées lors de précédentes éditions et qui se reflètent sur les couleurs du vitrail de Ardon.
2- Une vidéo de Sigalit Landau d’une femme marchant en rond sur une ile de la Mer Morte, qui ressemble à une blessure.
3- Une vidéo de Yosef-Joseph Dadoune, intitulée « Où est Sion? » et qui représente une femme déambulant dans les couloirs du musée du Louvres à Paris, sans trouver Sion. Cela fait-il écho à la situation des Juifs de France? (cette oeuvre a été créé il y a déjà plusieurs années).
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Voilà ce qu’on peut dire de l’exposition centrale de cette 7ème Biennale de Jérusalem. D’autres expositions ouvrent dans d’autres lieux à travers la ville:
The Mormon University – 27 septembre 2026
Sacofsky Gallery – 28 septembre 2026
Kol HaOt Gallery, Hutzot Hayotzer – 30 septembre 2026
Mini Nachlaot Gallery et
Mary Gallery – 8 octobre 2026
Van Leer Jerusalem Institute – 11 octobre 2026
Musée de la Tour de David – 12 octobre 2026
AKIM Jerusalem House,
Reshuta Gallery et
The British Water Tower – 13 octobre 2026
Anna Ticho House et
Museum of Italian Jewish Art – 14 octobre 2026
Hamiffal – 15 octobre 2026
Studio of Her Own – 16 octobre 2026
Hebrew Union College – 5 novembre 2026
The Old Shaare Zedek Hospital – 15 novembre 2026
Bien sûr, comme à chaque édition, des visites guidées et des rencontres sont organisées tout au long de la Biennale.
Plus d’infos : Home | The 2026 Jerusalem Biennale
Texte et photos : Valérie Cudkowicz JérusalemFutée















