expo Gold ToD

"Gold" - la nouvelle exposition du musée de la Tour de David

Généralement quand on associe les mots « Jérusalem » et « or », la première chose qui vient à l’esprit est la chanson de Naomi Shemer, ‘Yerushalayim shel zahav », la Jérusalem d’or. J’avais écrit un article sur l’histoire très particulière de cette chanson devenue presque aussi connue que l’hymne national – « Yerushalayim shel zaav », « Jérusalem d’or », révisez vos classiques.

Mais pour Marie Shek, la curatrice de la nouvelle exposition « Gold » qui se tient au musée de la Tour de David jusqu’en mars 2027, l’or fait aussi penser à la lumière de Jérusalem, à son pouvoir et à sa beauté. L’or a de tout temps ajouté une touche supplémentaire aux objets sur ou dans lesquels il figure. Et pour mettre cette touche spéciale en avant, Marie Shek a invité 16 artistes israéliens à présenter des oeuvres qui contiennent toutes de l’or, pur ou associé à d’autres matières. Cela donne une exposition aux styles variés mais avec des oeuvres « apaisantes », et c’était aussi un des objectifs de cette aventure qui a commencé il y a 4 ans : de trouver du calme et de la sérénité dans une époque pas facile et après de si terribles épreuves. D’ailleurs, il est intéressant de noter que plusieurs artistes présents, ont donné des oeuvres réalisées en 2026.

L’exposition s’ouvre sur un magnifique tableau de Yoav Brener, intitulé « Beat ».

Voici quelques oeuvres – et quelques histoires – qui ont aussi retenues mon attention dans cette exposition :

Yoram Chisin est un artiste israélien d’origine française, puisqu’il est né à Toulouse et a fait son alyah à l’âge de 3 ans. Comme il me l’a expliqué lui-même, il aime bien travailler sur des petites surfaces, ce qui rend l’oeuvre plus personnelle mais surtout facilite son placement ( les appartements à Paris étant relativement petits, comme il le dit). Mais qui dit petit, ne veut pas dire facile et rapide à faire. Bien au contraire. Ce tableau, qu’il a réalisé cette année, lui a pris près de 2 mois de travail, car il aime superposer de nombreuses couches, qui lui rappellent les murs de blocs de certaines églises. Il aime également travailler avec de l’or, car en hébreu « or » veut dire lumière et c’est ce qu’il essaye d’apporter avec ses oeuvres.

Lilac Sasson a créé cette série de 6 tableaux intitulée « La série iranienne » il y a une vingtaine d’année en arrachant des photos dans un livre d’architecture sur l’Iran. Chaque photo a alors été placée dans une boite en acier et couverte partiellement avec de l’or afin de nous inciter à découvrir ce qui est caché. Pour l’artiste, l’or est une métaphore de l’espoir.

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Dafna Shalom est elle, une artiste  multi-disciplinaire qui crée aussi des objets, comme ces 2 mains qui symbolisent le mot « nous » en langage des signes. Elle est également connue et reconnue pour son travail en braille, le langage des aveugles. Ce qu’elle cherche à montrer est la connexion entre ce qu’on entend / voit avec ce qu’on comprend.

On sait qu’il existe des familles d’artistes, de père en fils ou filles. Et nous en avons un exemple dans cette exposition. De gauche à droite, il s’agit des oeuvres de Moshe Gershuni, de son fils Aram Gershuni et de sa petite-fille Alma Gershuni. Si chacune fait briller l’or dans sa composition – une boule dorée, les cheveux de la fille et le casque du soldat – les trois générations jouent chacune dans son propre style. Le grand-père était un artiste abstrait alors que le fils est plus réaliste et que la petite-fille, elle manipule les techniques plus modernes pour des oeuvres en 3D.

Leor Grady présente ici 3 oeuvres brodées d’or, une référence aux traditions des Juifs du Yemen. Comme il l’explique lui-même, la broderie est un travail répétitif mais qui donne une consistance à chaque mot brodé, comme le langage parlé par tous donne une consistance à chaque mot prononcé. Pour lui broder s’approche de la méditation.

Mais on ne peut pas imaginer à Jérusalem, et encore moins au musée de la Tour de David, une exposition qui parle d’or sans exposer des bijoux et des pièces. Alors bien sûr, 2 petites vitrines sont consacrées à certaines des découvertes faites à Jérusalem et qui sont montrées ici pour la 1ère fois au public. Comme l’explique Ravit Nenner-Soriano, la curatrice de la partie archéologique, parmi les pièces en or exposées, une représente la reine Berenice II. Retrouvée à Jérusalem à côté du Mont du Temple, elle illustre la notoriété et le pouvoir de cette reine qui régna au 2ème siècle avant notre ère et qui fut la première à battre monnaie à son effigie. 

Les bijoux de la vitrine adjacente, ont eux une histoire originale. Ils datent des périodes romaines et byzantines, entre les 2ème et 6ème siècles de notre ère. Ils ont été achetés à des marchands et des « pilleurs » de tombes, au début du 20ème siècle par une missionnaire britanique du nom de Frances Emily Newton, installée dans la région. Au moment du déclenchement de la Première Guerre Mondiale, elle est forcée de retourner en Grande-Bretagne. Elle donne donc à son voisin, les clés de son coffre contenant ses collections. Mais quand elle revient une fois la guerre finie, tout a disparu….L’armée britanique intercepte une grande partie de la collection qui est en route vers la Turquie et la restitue à Newton. Elle décide alors d’en faire cadeau au département des antiquités du Mandat Britanique à Jérusalem. Elle met les bijoux dans des boites à gâteaux et les dépose sur le bureau du directeur qui est momentanément absent. Quand elle revient le lendemain matin, les boites ont disparu….la femme de ménage les a jetées à la poubelle sans vérifier ce qu’elles contenaient. Heureusement, les bijoux seront retrouvés. Une partie est exposée au musée Rockfeller de Jérusalem. Ceux exposés ici, le sont pour la première fois.

Il y a encore d’autres oeuvres à découvrir dans cette exposition, comme la boule recouverte d’or réalisée par Mosh Kashi qui fait partie d’un ensemble de 66 boules exposées au musée Bialik de Tel-Aviv et qui attire tous les regards. . Mais pour conclure, je dirais simplement que cette exposition est une raison de plus de visiter le musée de la Tour de David, qui contient bien d’autres trésors à découvrir ou redécouvrir.

Plus d’infos : זהב | תערוכה במגדל דוד מוזיאון ירושלים

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