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Méïr Srebriansky : un artiste français à la Biennale de Jérusalem

La 6ème Biennale de Jérusalem a ouvert ses portes dans différents lieux et notamment au musée des Pays de la Bible avec une exposition sur le thème  » אילת השחר »,  » la gazelle de l’aurore  « .

J’ai eu le plaisir de rencontrer un des deux artistes français qui participent à cette exposition et de l’interroger pendant qu’une de ses deux oeuvres était mise en place sur le mur extérieur du jardin du musée des Pays de la Bible.

Méïr Srebriansky est le nom d’artiste d’Emmanuel Wertenschlag. Ce français, originaire de Strasbourg – ce qui nous fait déjà un point commun… – a fait l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs dans la capitale alsacienne, avant de s’envoler  en 2008 pour New-York, rejoindre un frère déjà installé là-bas et surtout suivre celle qui deviendra sa femme et la mère de leurs 3 enfants.

A New-York, Emmanuel produit des vidéo-clips, fait du graphic design et peint presque à temps plein. C’est d’ailleurs pour l’un de ses clips diffusés sur MTV qu’il décide de prendre un nom d’artiste :  Méïr qui est son nom hébreu et Srebriansky qui est le nom de jeune fille de sa mère et par lequel il rend un hommage à ses grands-parents maternels qui n’ont pas eu de fils. Il participe à différentes expositions collectives avant d’avoir sa première exposition solo en mars 2020. Il a également une oeuvre exposée dans le lobby de la HSBC à New-York – une installation de fleurs en résine.

Et la résine est devenue depuis quelques années, le champ d’exploration d’Emmanuel Il a d’ailleurs développé sa propre technique pour créer  des oeuvres plutôt abstraites – autour des fleurs et de la caligraphie – et qui s’expriment en relief. La résine lui permet de créer « des peintures sans toile » en 3D. En effet, comme Emmanuel l’explique, pour lui la peinture ou le dessin sont des techniques très précises. Par contre, la résine est moins, voir pas du tout sous contrôle. Une oeuvre en résine est d’abord le résultat d’un geste. L’artiste a quelques minutes seulement pour créer les formes qu’il veut avant que la résine passe de l’état liquide à l’état solide. Cette technique permet à Emmanuel de créer des oeuvres en relief, qui changent suivant l’angle sous lequel on les regarde. Cela leur donne aussi une profondeur particulière qui laisse de la place à l’interprétation et à l’imagination de chacun. Pour lui, l’important dans une oeuvre est qu’un enfant puisse y voir facilement quelque chose même si d’autres spectateurs « plus murs » y découvriront eux des éléments plus profonds. 

Rachel Verliebter, la curatrice de l’exposition au musée du Pays de la Bible – elle aussi originaire de Strasbourg… – a contacté Emmanuel qui a accepté de présenter 2 oeuvres sur le thème des gazelles pour cette exposition. Et c’est ainsi qu’il débarque en Israël la veille de Simha Torah pour créer ses deux installations. Le 7 octobre arrive et là tout bascule….

Emmanuel avoue avoir été sidéré. Alors que beaucoup d’étrangers repartent vers leur pays, il ne peut pas se résoudre à quitter Israël. Il doit se rendre utile. Alors il propose ses talents à différentes associations, pour lesquelles il crée des logos. Même s’il s’est toujours senti proche d’Israël, ce lien s’est « réinventé » le 7 octobre et notamment avec Jérusalem. Pour la première fois il dit se sentir vraiment à la maison ici. 

 

En novembre il retourne à New-York, surtout pour rassurer ses jeunes enfants. Mais il est frappé, non pas par l’antisémitisme aux Etats-Unis, qui n’est pas un fait nouveau pour lui, mais par la croissance de ce phénomène. En même temps, il se dit fier des Juifs américains qui ne baissent plus la tête et n’ont plus honte d’afficher qui ils sont lors de contre-manifestations à celles pro-palestiniennes que l’on voit partout.

Lors de son retour à New-York, il crée l’installation qui se trouve à l’entrée du musée des Pays de la Bible et qui s’appelle  » Captured Garden », « le jardin des captifs », une expression prise dans le Shir HaShirim. Cela devait être au départ, un « teaser » de l’oeuvre exposée dans le jardin. Mais après le 7 octobre, il a repensé son concept et en a fait un jardin de fleurs jaunes en hommage aux otages. On y voit différents parterres de fleurs qui représentent les otages, mais aussi une fleur isolée sur la gauche en hommage à chaque prisonnier individuellement mais aussi plus spécifiquement au petit Kfir Bibas.

Il y a quelques semaines, Emmanuel est revenu en Israël pour créer cette fois, son oeuvre principale pour l’exposition, appelée « Knesset Israel ». Elle représente une gazelle, que l’on voit en négatif et qui est la représentation de la « Chekhina », « la présence divine ». Cette gazelle se trouve au milieu d’autres éléments représentant différentes tensions. Cette oeuvre est plus pastel que les précédentes, mais Emmanuel avoue que les derniers événements en Israël lui ont fait changer sa vision et sa façon de travailler. Il utilise par exemple plus de tons pastels qu’il ne le faisait avant. D’ailleurs, il a aussi dû relever un autre challenge en Israël puisqu’il n’a pas pu travailler avec son matériel habituel, non disponible ici. Mais pour lui, cela fait partie de l’évolution d’un artiste : savoir se réinventer, évoluer suivant les circonstances. 

En fin de compte, il avoue que malgré les défis artistiques qu’il a dû relever ces derniers mois,  il est très touché de participer à sa première exposition en Israël. Il est surtout très content de travailler avec le personnel du muséeet de pouvoir échanger avec eux. Il n’est pas un artiste qui se la joue, bien au contraire. Et c’est d’ailleurs ce que raconte aussi Moshé, l’ouvrier sur la grue qui accrochait les différentes parties de l’installation. Ce dernier m’a d’ailleurs dit qu’il appréciait particulièrement de travailler avec Emmanuel car il avait à la fois les qualités d’un artiste, d’un homme et d’un professionnel. Trois qualités que Moshé ne rencontre pas toujours chez les autres artistes.

A vous maintenant de découvrir les oeuvres de Méïr Sebriansky durant cette Biennale et celle des autres artistes.

Pour en savoir plus sur ses oeuvres : meir_s studio (meir-s.com) ou Instagram Méïr Srebriansky (@meir__s) • Instagram photos and videos

Voici en quelques images, une partie de l’installation de « Knesset Israel », entre mon arrivée et mon départ du musée, pendant notre conversation. 

Mais l’exposition compte également les oeuvres d’autres artistes. Comme l’explique Rachel Verliebter, sa curatrice, la « gazelle de l’aurore » est une métaphore que l’on retrouve dans certains psaumes juifs et dans le Zohar et qui symbolise à la fois la Reine Esther et la « Chekhina » qui donne naissance aux temps messianiques. En effet, la Reine Esther est représentée comme celle qui apporte l’aube, la lumière, après l’obscurité. Avec le miracle que l’on fête à Pourim, les Juifs sont passés de la nuit de la persecution à la lumière. 

Cette figure de la gazelle, se retrouve dans différentes oeuvres d’art, celle d’Emmanuel Wertenschlag comme celles d’autres artistes. Elle symbolise aussi la force et la résilience de la femme juive. Rachel qui est chercheuse en pensée juive à l’université Bar Ilan et psychothérapeute à l’hôpital Schneider, accompagne aussi  depuis une dizaine d’années des artistes femmes comme curatrice en écrivant, entre autres, des présentations de leurs oeuvres. C’est en écrivant un article sur la « gazelle de l’aurore », qu’elle a eu l’idée du thème de l’exposition pour la Biennale de Jérusalem. Si on connait le côté « féminin » de la « Chekhina », les images qui lui sont associées dans le judaïsme sont bien moins connues. Par cette exposition, elle voulait donc pallier ce manque. Pour elle, l’art juif peut permettre à tout le monde, surtout aux personnes qui n’ont pas accès aux textes et à leur interprétation, d’aborder certains concepts de la spiritualité juive par une expérience visuelle. 

 

Il est intéressant de noter que si le sujet de l’exposition est resté le même après le 7 octobre 2023, certaines des oeuvres exposées, ont elles, été « modifiées » par les artistes. Tout comme Emmanuel Wertenschlag qui a utilisé des couleurs plus pastel qu’à son habitude, Sandra Valabregue, l’autre artiste française en exposition, avec son oeuvre « Fruit tree bearing fruit » ( ci-joint à gauche ), a elle assombri les couleurs de son tryptique pour faire écho aux violences faites aux femmes.  

Pour en savoir plus sur l’exposition : אַיֶּלת השחר – מוזיאון ארצות המקרא (blmj.org)

Pour en savoir plus sur la 6ème Biennale de Jérusalem : 6ème Biennale de Jérusalem – JérusalemFutée (jerusalemfutee.com)

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